Les belles vies

51kYxnrLisL._SX312_BO1,204,203,200_Résumé : Vasco et Djib sont inséparables depuis leur naissance. Turbulents, pas vraiment délinquants, ils cumulent les bêtises plus ou moins graves, les rires et les bleus. Vasco est en CFA BTP, Djib passe en première S. Leur dernière rixe est pourtant celle de trop… Afin de leur mettre du plomb dans la tête, leurs parents décident d’employer les grands moyens : ils envoient les deux ados dans la Nièvre, le temps d’un été chez un ami du père de Vasco, entrepreneur local qui propose ses services comme famille d’accueil pour la DDASS. C’est dans cette campagne éloignée de tout, France profonde dont on parle peu, qu’ils vont rencontrer et se confronter à une autre forme de jeunesse : celle des enfants élevés par celle que tous surnomment « Tata », une femme qui accueille des enfants placés et donne sa vie aux autres.

Avis : Peut-être aurais-je davantage apprécié « Les belles vies » si je l’avais lu un peu plus jeune. Néanmoins, ça reste un très bon livre young adult, parfois drôle, parfois rude, toujours bien écrit, et qui a le mérite d’évoquer certains thèmes peu abordés par le genre. Bref, une histoire qui sent bon le foin fraîchement fauché, les premières amours, les révoltes adolescentes et les souvenirs d’été, mais qui, de temps à autre, manque peut-être un peu de justesse.

 ★★★★☆

Extrait : « Vasco et Djib n’ont toujours pas compris comment ils se sont retrouvés là, devant le petit portillon couvert de fleurs de la dernière maison d’un lieu-dit perdu au milieu de la campagne. Ou plutôt, ils ont trop peur de comprendre… Et en réaction, ils restent figés face à la grande bâtisse parcourue de lierre, pendant que le père de Vasco fait son dernier rapport par téléphone à sa femme. »

« Les belles vies » – Benoît Minville

Frangine

61dOyc7iovL._SX314_BO1,204,203,200_Résumé : « Il faut que je vous dise… J’aimerais annoncer que je suis le héros de cette histoire, mais ce serait faux. Je ne suis qu’un morceau du gâteau, même pas la cerise. Je suis un bout du tout, un quart de ma famille. Laquelle est mon nid, mon univers depuis l’enfance, et mes racines, même coupées. Tandis que ma frangine découvrait le monde le cruel le normal et la guerre, ma mère et ma mère, chacune pour soi mais ensemble, vivaient de leur côté des heures délicates. C’est à moi qu’il revient de conter nos quatre chemins. Comment comprendre, sinon ? »

Avis : J’avais eu un tel coup de cœur pour « Dans le désordre » qu’il me paraissait urgent de découvrir les précédents titres de Marion Brunet. Ce n’était peut-être pas une très bonne idée. On retrouve pourtant le style et le goût de l’auteure pour des sujets particulièrement d’actualité (ici, la famille homoparentale et le burn-out notamment). Mais à mon sens, « Frangine » est moins abouti que « Dans le désordre », plus en retenue, comme si cette fois, l’auteure ne se permettait pas d’aller au bout des problématiques. Les situations évoquées sont brutales, douloureuses; pourtant, là où on a la sensation que tout pourrait rapidement dégénérer, les personnages résolvent leurs soucis quasiment en un tour de main, parfois à la limite du vraisemblable. J’y croyais, au début, et puis, petit à petit, je n’y ai plus trop cru. Malgré tout, cette plume me parle, ces sujets me touchent. Peut-être ne me focaliserais-je désormais que sur les prochains romans de Marion Brunet.

★★★☆☆

Extrait : « Non, bien sûr, pas tous. Il y a toujours eu plein d’amis à la maison pour qui la situation était normale, et même particulièrement chouette. Mais parfois, un adulte, comme cette maîtresse, me faisait sentir de façon vague, floue, qu’une menace planait sur la maison. Comme si un jour, tout risquait de s’écrouler. Parce qu’on n’avait pas de père. Moi je trouvais ça étrange, vu que tout me semblait solide et rassurant à la maison. »

« Frangine » – Marion Brunet

Le pull où j’ai grandi

31clr4yYN-L._SX304_BO1,204,203,200_Résumé : Hervé Giraud a le chic pour évoquer en peu de mots les situations, camper des personnages. Il sait aussi se laisser aller à un certain lyrisme quand il parle de ce que la vie peut avoir de sauvage, de brutal et de lumineux. Un garçon un peu branquignol, ses rêves, ses projets d’avenir flous, ses copains d’enfance. Sans le savoir (mais peut-être le savent-ils ?) ils vivent les derniers moments avant de devenir grands pour de bon. Cette succession de situations cocasses qui évoquent avec tant de verve des garçons de classe moyenne, ni brillants ni ratés sont jubilatoires. Derrière son sens de l’humour percutant. Hervé Giraud cache une sensibilité à fleur de peau et cette humanité affleure dans chacune des scènes. Et si ses personnages n’ont pas peur du ridicule, il ne les laisse jamais sombrer tout à fait.

Avis : Pourquoi ai-je eu envie de lire ce livre ? Parce que j’ai beaucoup d’affection pour les éditions Thierry Magnier, mais surtout, parce que sur la première page, on peut lire un auto-portrait extrêmement réjouissant de l’auteur, des mots d’ado que j’aurais pu prononcer, ainsi que les paroles d’une chanson de Neil Young que j’adore. Ça sentait donc plutôt très bon ! Hélas, mon enthousiasme du début est vite retombé… Je ne me suis jamais réellement attachée au personnage principal, et ne savais pas vraiment ce que j’étais en train de lire. Il m’est certes parfois arrivé de rire, c’est déjà ça; mais à trop vouloir forcer le trait, ça en devient un peu lassant. Un livre que j’oublierai, malheureusement.

★★☆☆☆

Extrait : « On ne fait rien. Il est quatre heures de l’après-midi, c’est le soir. Il tombe une espèce de mousson norvégienne, un temps à se mettre au lit avec des couvertures en attendant l’été, à regarder des posters de Tahiti en se demandant si ce n’est pas une image de synthèse. On est là, on ne parle pas, on tente l’expérience de l’ennui dans une attitude très nietzschéenne. Disons que l’on est au chaud, que j’ai mis mon pull numéroté dix-sept et qu’on a presque vingt ans.« 

« Le pull où j’ai grandi » – Hervé Giraud

Bluebird

51RmPgcSFBL._SX340_BO1,204,203,200_Résumé : Elwyn est fils d’immigrés irlandais, Minnie, fille d’un chanteur itinérant noir. Ils se rencontrent dans une plantation, et tombent amoureux. Ils ont 13 ans, et ne savent pas que leur vie est sur le point de basculer. Quelques jours plus tard, en effet, Minnie assiste au passage à tabac de son père par des hommes du Ku Klux Klan. Effondrée, elle saute dans le premier train, en partance pour Chicago.

Avis : C’est une déception. Pourtant, quel style, quelle ambiance, quel contexte, quel sujet… Tout était réuni pour que j’aime profondément cette histoire. Mais les énormes invraisemblances, ainsi qu’une dose massive d’angélisme m’ont profondément dérangée. Un peu comme si Disney réalisait une gentille adaptation de « La case de l’Oncle Tom ». Or, il me semble que le sujet, d’une douloureuse gravité, ne peut souffrir cette avalanche de bienheureuses et improbables coïncidences. D’où ma déception face à ce livre, qui semblait pourtant très prometteur.

★★☆☆☆

Extrait : « Quand tu joues le blues, Minnie, c’est comme si tu riais et pleurais en même temps. Le blues c’est comme un tout petit nuage dans un beau ciel d’après-midi. Un petit nuage, tout fin, tout blanc, mais qui te serre le ventre, sans que tu saches trop pourquoi. Tu comprends ? Mais le blues c’est aussi comme une éclaircie qui traverse un orage ou comme une cerise juteuse sur un gâteau trop sec. Ça… Ça peut te faire rire aux éclats quand tu devrais tomber, les genoux dans la boue. Tu vois ? »

« Bluebird » – Tristan Koëgel

Dans le désordre ♥

5118ek3xhql-_sx311_bo1204203200_Résumé : Ils sont sept. Sept qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, et se lient d’amitié, refusant la vie calibrée et matérialiste que le monde leur impose. Parce qu’ils ont de la colère et de l’amour en reste, ils choisissent de vivre ensemble, joyeusement, en squat et en meute, avec leurs propres règles. Et au cœur de la meute, il y a Jeanne et Basile, qui découvrent l’amour, celui qui brûle et transporte, au milieu des copains – et dans l’intensité d’une vie nouvelle et différente.

Avis : Quand on passe des plombes à essayer de choisir un extrait, tant chaque mot, chaque phrase résonne, tape juste, là, en plein cœur ; quand on s’attache à ce point à tous les personnages, sans exception, juste parce qu’ils sont bouleversants d’humanité ; quand on essaie tant bien que mal de ralentir la lecture, pas envie de les quitter, pas envie de mettre un point final ; quand on voit les défauts, parce que bien sûr il y en a, mais qu’on s’en fout pas mal ; quand les larmes roulent alors qu’on n’a rien vu venir ; quand tout ça vous hante pendant des heures, des jours… alors là, oui, on peut parler de coup de cœur. Merci Marion Brunet, merci pour ce roman lumineux, actuel, beau, brutal et nécessaire…

★★★★★

Extrait : « C’est une fête qui commence. Ou une cérémonie? Un instant de grand-plein pour combler le grand-vide. Une soirée d’éclat avant de se retirer, d’aller voir ailleurs s’ils y sont, s’il y seront, s’ils sauront se refaire une place, un nid. C’est une fête parce qu’il n’y a que comme ça que les choses se passent, à moins de mourir encore vivant. Ils ne veulent pas mourir, ils ne veulent pas se laisser faire. Bêtes apprivoisées, pas si mal élevées, qui reprennent leurs droits à la sauvagerie. Ils danseront ce soir, cette nuit. Ils boiront jusqu’au tournis, jusqu’à chialer comme des gosses, morve et vagues salées, tous ensemble. Longtemps, jusqu’au matin. Jusqu’à ce que les flics, à sept heures pétantes, défoncent la porte à coups de bélier. »

« Dans le désordre » – Marion Brunet

La passe-miroir, tome 2 : Les disparus du Clairdelune

61r5auqnpyl-_sx342_bo1204203200_Résumé : Officiellement introduite à la cour comme Vice-conteuse, Ophélie découvre les mondanités d’un univers où complots et tensions politiques sont à l’œuvre derrière les belles apparences. Entre l’arrivée de sa famille au Pôle et les exigences de Farouk, elle n’a d’autre choix que de s’appuyer sur Thorn, son énigmatique fiancé. Quand des nobles disparaissent les uns après les autres, la liseuse d’Anima doit user de ses talents pour mener l’enquête. Une mission qui va l’entraîner beaucoup plus loin que prévu, au cœur d’une vérité plus redoutable que tout ce à quoi elle s’était préparée.

Avis : Pour une raison que j’ignore, je ne me souvenais franchement plus très bien du premier tome – si ce n’est qu’il avait ses défauts, mais que dans l’ensemble je l’avais apprécié. Le début de ma lecture a donc été quelque peu fastidieux, mais très vite, des bribes me sont revenues et j’ai enfin pu me laisser happer par l’histoire, ses intrigues, ses personnages (je dois dire que leur évolution m’a particulièrement séduite). Ce tome-ci me laissera donc probablement plus de souvenirs que le précédent !

★★★★☆

Extrait : « – Vous voulez régler tous les problèmes par vous-même, poursuivit-elle d’une voix épaisse, quitte à utiliser les gens comme des pièces d’échiquier, quitte à vous faire détester du monde entier.
– Et vous, vous me détestez encore ?
– Je crois que non. Plus maintenant.
– Tant mieux, grommela Thorn entre ses dents. Parce que je ne me suis jamais donné autant de mal pour ne pas être détesté de quelqu’un. »

« La passe-miroir, tome 2 : Les disparus du Clairdelune » – Christelle Dabos

La langue des bêtes

51usahlbhwl-_sx340_bo1204203200_Résumé : Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l’orée d’une forêt sombre et profonde : c’est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d’histoires et de légendes. Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l’école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.

Avis : Oh, comme j’avais adoré « Le cœur des louves »… C’est dire à quel point il me tardait de lire ce roman ! Pourtant, il a longtemps séjourné sur l’étagère des livres en attente, avant que je n’ose me lancer dans cette aventure. Peut-être par crainte d’être déçue, peut-être aussi parce que l’univers du cirque a toujours eu pour moi un je-ne-sais-quoi de lugubre et dérangeant. Hélas, ça n’a pas manqué ! La plume reste pourtant belle, brute, poétique et animale. Mais il y a quelque chose de maladroit dans cette surenchère de fureur et de macabre. Certains passages sont d’une justesse et d’une beauté folles (cette scène avec le faon, bon sang…), quand d’autres sonnent terriblement faux, comme surjoués. Je ne peux cependant m’empêcher d’avoir de l’affection pour l’univers atypique de Stéphane Servant, pour ses histoires qui bousculent, et pour son écriture organique.

★★★☆☆

Extrait : « De longues minutes s’écoulent, cristallines, réchauffées par le soleil qui passe maintenant ses doigts blonds dans la chevelure de la futaie épaisse. La Petite sommeille sur le tapis de mousse où une limace rousse trace son sillon d’argent. Un mouvement imperceptible la ramène au pied du pin et la Petite voit le corps gracile du faon qui s’avance, lentement.
L’animal blond s’approche de la vigne, aux aguets. Son œil rond et noir et doux comme un raisin sauvage roule sur la clairière. Sous ses flancs, le petit tambour de son cœur palpite. Ses naseaux hument le sucre qui imprègne le matin et c’est un parfum si doux que l’animal en oublie toute prudence. Le faon déroule ses pattes graciles et s’approche de la vigne baignée d’une lumière jaune. L’animal tend son cou fin et saisit délicatement une grappe malgré les protestations des merles. La Petite sent alors l’odeur de son Père se répandre dans l’air. Une odeur âcre, sombre et violente. Peut-être la Petite a-t-elle bougé car le faon relève maintenant la tête. Ses yeux ourlés se posent sur elle. Et leurs regards se mêlent. Les mêmes yeux. Noirs et ronds. Insondables. La Petite hoche la tête, lentement. Un signe de paix. Puis elle ferme les yeux et la détonation fait voler en éclats noirs les merles apeurés. »

« La langue des bêtes » – Stéphane Servant