Dans le désordre ♥

5118ek3xhql-_sx311_bo1204203200_Résumé : Ils sont sept. Sept qui se rencontrent en manif, dans la révolte, dans le désordre, et se lient d’amitié, refusant la vie calibrée et matérialiste que le monde leur impose. Parce qu’ils ont de la colère et de l’amour en reste, ils choisissent de vivre ensemble, joyeusement, en squat et en meute, avec leurs propres règles. Et au cœur de la meute, il y a Jeanne et Basile, qui découvrent l’amour, celui qui brûle et transporte, au milieu des copains – et dans l’intensité d’une vie nouvelle et différente.

Avis : Quand on passe des plombes à essayer de choisir un extrait, tant chaque mot, chaque phrase résonne, tape juste, là, en plein cœur ; quand on s’attache à ce point à tous les personnages, sans exception, juste parce qu’ils sont bouleversants d’humanité ; quand on essaie tant bien que mal de ralentir la lecture, pas envie de les quitter, pas envie de mettre un point final ; quand on voit les défauts, parce que bien sûr il y en a, mais qu’on s’en fout pas mal ; quand les larmes roulent alors qu’on n’a rien vu venir ; quand tout ça vous hante pendant des heures, des jours… alors là, oui, on peut parler de coup de cœur. Merci Marion Brunet, merci pour ce roman lumineux, actuel, beau, brutal et nécessaire…

★★★★★

Extrait : « C’est une fête qui commence. Ou une cérémonie? Un instant de grand-plein pour combler le grand-vide. Une soirée d’éclat avant de se retirer, d’aller voir ailleurs s’ils y sont, s’il y seront, s’ils sauront se refaire une place, un nid. C’est une fête parce qu’il n’y a que comme ça que les choses se passent, à moins de mourir encore vivant. Ils ne veulent pas mourir, ils ne veulent pas se laisser faire. Bêtes apprivoisées, pas si mal élevées, qui reprennent leurs droits à la sauvagerie. Ils danseront ce soir, cette nuit. Ils boiront jusqu’au tournis, jusqu’à chialer comme des gosses, morve et vagues salées, tous ensemble. Longtemps, jusqu’au matin. Jusqu’à ce que les flics, à sept heures pétantes, défoncent la porte à coups de bélier. »

« Dans le désordre » – Marion Brunet

Un bûcher sous la neige ♥

51XPgkvJMHL._SX307_BO1,204,203,200_Résumé : Au cœur d’une période de désordre politique et religieux, dans l’Écosse des massacres et des rois rivaux du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille maudite accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

Avis : Quelle sagesse, quelle intelligence du cœur, que de savoirs et de bonté dans ce tout petit bout de femme… Corrag m’a vraiment beaucoup émue. Et même si la forme de narration et la lenteur du rythme m’ont au départ un peu perturbée, j’ai saisi la main tendue par celle que l’on appelle « sorcière », et ne l’ai plus lâchée. Bon sang, comme j’ai aimé ce voyage, les paysages des Highlands, les bêtes, les parfums de l’hiver, le chant des cascades, cette nature brute, sauvage, ces femmes et ces hommes du clan Mac Donald, et puis, ces « échanges » avec Charles Leslie. Vous l’aurez compris, je suis littéralement tombée sous le charme de cette plume, et ce n’est définitivement pas l’unique roman de Susan Fletcher que je lirai.

★★★★★

Extrait : « Tout ce que j’aimais m’entourait, rivières, rochers. Les bêtes. Les bruits du vent. Et je leur en étais reconnaissante. J’étais reconnaissante, car parmi eux je pouvais guérir les blessures en moi, les pertes, le chagrin. Ce que mon âme avait de meurtri, je pouvais le soigner et le nourrir dans ma cabane, ou sur les hauteurs, et qui en fait autant? De nos jours, qui prend le temps de soigner son âme ? »

« Un bûcher sous la neige » – Susan Fletcher

Ici ça va ♥

9782264061683_1_75Résumé : Pour échapper à un quotidien stressant, un couple trouve refuge au milieu des herbes folles, dans les ruines d’une maison familiale. Lui reconstruit, elle jardine. Et tandis que les blessures du passé surgissent entre les fissures des pierres, chacun se reconquiert, redécouvrant le goût de la vie et le chemin lumineux qui conduit à l’autre…

Avis : Comme j’ai eu envie de dévorer ce petit livre aux chapitres courts ! Mais je pressentais qu’il fallait prendre son temps, savourer chaque mot, chaque respiration. Parce qu’il ne se livrerait qu’à cette condition. Parce que les silences sont importants. Parce que la simplicité n’en est que plus belle, plus poétique. Parce que, oui, je le sens maintenant, cette histoire est un peu la mienne. Et c’est peut-être aussi pour ça que ce livre m’a profondément bouleversée…

★★★★

Extrait : « Ici ça va. La maison n’est pas toute neuve, mais elle est propre et les plafonds sont hauts. Au moment où Ema a ouvert la porte grinçante, dont le bois humide avait gonflé autour des gonds et de la serrure, il y a eu comme un grand silence de poussière et de souvenirs. Les tomettes usées du sol, les toiles d’araignée qui voilent les fenêtres, l’odeur de renfermé, je ne sais pas pourquoi j’ai ressenti de la tendresse pour cet endroit. C’est plutôt bon signe. Il faudra se l’approprier bien sûr, reconstruire quelque chose, mais une fois que nous aurons tout installé, je pense que nous ne serons pas trop mal. C’est toujours mieux qu’avant. Et puis il y a la lumière. Omniprésente. On dirait parfois qu’elle monte de la terre. Avec le bruit de la rivière. Qui lui sert d’escalier. »

« Ici ça va » – Thomas Vinau

L’élégance du hérisson ♥

9782070464326_1_75Résumé : «Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’image que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m’appelle Paloma, j’ai douze ans, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.»

Mon avis : (Audiobook) Qu’il est compliqué d’écrire un avis sur ce livre ! Peut-être parce que « L’Élégance du hérisson » est pour moi un coup de cœur, une pépite, un concentré d’intelligence, une ode à la beauté des choses simples, un ami que j’ai eu beaucoup de peine à quitter… Ce livre m’a donné envie de réécouter Purcell, Eminem et Mozart, de lire des essais philosophiques, de me plonger dans le cinéma d’Ozu et de Ridley Scott. Il m’a également beaucoup fait sourire, chaque mot résonnant avec intensité, chaque phrase me touchant en plein cœur. Certes, l’approche de ce roman exige patience et concentration, mais c’est un bien faible prix en comparaison des moments de grâce qu’il nous offre !

Extrait : « Le rituel du thé, cette reconduction précise des mêmes gestes et de la même dégustation, cette accession à des sensations simples, authentiques et raffinées, cette licence donnée à chacun, à peu de frais, de devenir un aristocrate du goût parce que le thé est la boisson des riches comme elle est celle des pauvres, le rituel du thé, donc, a cette vertu extraordinaire d’introduire dans l’absurdité de nos vies une brèche d’harmonie sereine. Oui, l’univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l’insignifiance nous encercle. Alors buvons une tasse de thé. Le silence se fait, on entend le vent qui souffle au-dehors, les feuilles d’automne bruissent et s’envolent, le chat dort dans une chaude lumière. Et, dans chaque gorgée, se sublime le temps. »