La fille de l’Irlandais

41Zx15fGZZL._SX307_BO1,204,203,200_Résumé : Eve, petite fille rousse et délurée, est recueillie par ses grands-parents à la mort soudaine de sa mère, dans un village au cœur du pays de Galles. À cause de sa chevelure rousse indomptable, elle doit faire face au mépris et à la méfiance. Mais lorsqu’une enfant disparaît mystérieusement, la vie des villageois bascule : enquête, soupçons et mensonges deviennent le quotidien. Au milieu de cette effervescence, Eve, perdue, tente de percer les secrets de sa vie et de sa naissance.

Avis : Qu’il est bon de retrouver cette plume tant aimée… Certes, il ne s’agit pas du roman le plus abouti de cette auteure, et pour cause, il s’agit de son premier, mais l’on y perçoit aisément les prémices de ce qui fera l’univers Susan Fletcher : personnages intelligents, farouches et touchants, nature sauvage, belle et implacable, ambiance mystérieuse, secrets murmurés… Même la construction narrative est reconnaissable. Il ne s’agit donc pas du titre qui m’aura le plus envoûtée, mais il m’aura tout de même permis d’assister, avec beaucoup de tendresse et d’émotions, à l’éclosion de ce grand talent.

★★★★☆

Extrait : « C’est là que j’ai découvert la vue. C’est là que j’ai appris quel effet ça fait d’être aussi haut que les oiseaux volant au-dessus de vous. J’avais les yeux embués et l’air me paraissait raréfié. Je me suis risquée à écarter les bras, et le vent a failli m’emporter comme un sac en plastique. Sous le ciel d’ardoise, je regardais tout : les champs, les forêts de pins, les haies, notre petite allée tout étroite, le croisement, l’immense chêne, le clocher de l’église, les buses, à l’ombre des ajoncs, les fougères, les bois où l’on trouvait des jacinthes au mois de mai, la route sinueuse au loin qui menait à Lampeter, le Monts Cambriens, la promesse de la mer tout au fond. La ferme paraissait toute petite, avec son tracteur miniature et son panache de fumée de carte postale. Le vent agitait les touffes d’herbe. Tor-y-gwynt se dressait derrière moi. Tor-y-gwint. Lieu du vent. »

« La fille de l’Irlandais » – Susan Fletcher

En attendant Bojangles

61MQm1LgmeL._SX336_BO1,204,203,200_Résumé : Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui mène le bal, c’est la mère, imprévisible et extravagante. Elle n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Avis : (Audiobook) Que dire sur ce livre qui n’ait déjà été dit… C’est brillant, déjanté, tragique et enivrant. Et cette musique légère, la voix mélancolique de Nina Simone… Et cette plume, fantasque, drôle, et lumineuse… Une brève parenthèse flamboyante qui ne vous laissera pas indemne. Mais ça, normalement, vous le savez déjà !

★★★★★

Extrait : « -Pauline, où sont mes espadrilles ?
Et Maman répondait:
-A la poubelle, Georges ! C’est encore là qu’elles vous vont le mieux !
Et Maman lui lançait:
-Georges, n’oubliez pas votre bêtise, on en a toujours besoin !
Et mon père répondait:
-Ne vous en faites pas, Hortense, j’ai toujours un double sur moi ! »

« En attendant Bojangles » – Olivier Bourdeaut

Les reflets d’argent

41Kqjk3MQUL._SX305_BO1,204,203,200_Résumé : Les caprices de la mer ont toujours rythmé la vie des habitants de l’île de Parla. C’est ainsi depuis la nuit des temps et cela ne changera pas. Pour les familles Bundy et Lovegrove qui résident sur cette île depuis des générations, il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter la routine et la perte des êtres chers qui s’en vont un à un. Un jour pourtant, un homme mystérieux s’échoue sur la plage de Sye, un homme qui ressemble étrangement à l’homme-poisson porteur d’espoir dont parle le livre qui rassemble les mythes de l’île. Cette découverte, que tous voient comme un signe de renouveau, va réveiller l’âme de cette communauté pour mieux la faire renaître.

Avis : En refermant « Un bûcher sous la neige », j’avais la certitude que d’autres livres de Susan Fletcher feraient très prochainement leur apparition dans ma bibliothèque. C’est donc avec beaucoup de tendresse et d’enthousiasme que je me plongeais dans ce roman. Oh, bon sang, que cette plume m’émeut, m’emporte, me berce et m’enivre ! Pendant ces quelques 500 pages, j’ai vécu un peu hors du temps sur l’île de Parla, j’y ai respiré son air, senti les embruns sur ma peau, j’y ai deviné les murmures secrets de ses habitants, ai tremblé dans ses tempêtes, frémi dans ses douleurs, voyagé dans ses légendes… Comme une parenthèse à ma propre vie. Seules quelques petites longueurs me séparent du coup de cœur, mais je n’en étais vraiment pas loin !

★★★★★

Extrait : « Notre île est petite, ses contours sont harmonieux. Les falaises y sont hautes comme des tours et striées de blanc par les oiseaux nicheurs. Elles résonnent du bruit de la mer et du cri des oiseaux, et lever les yeux sur elles depuis un bateau qui tangue donne l’impression d’être minuscule, d’avoir froid. Des plumes descendent dans les airs pour atterrir à nos pieds. Elles dérivent à la surface de l’eau comme des rêves. »

« Les reflets d’argent » – Susan Fletcher

Les bottes de Clint Eastwood

51lea4eh-tl-_sx339_bo1204203200_Résumé : Didi, c’est pas le genre de femme à s’embarrasser de principes. Ce qui l’ennuie, ce n’est pas de tromper son mari, c’est de devoir chercher son plaisir. Comme si quelqu’un s’amusait systématiquement à le planquer. Et à vous de le trouver ! Mais quand ledit mari meurt subitement, cela l’affecte plus qu’elle n’aurait cru. Son David, artiste bottier de son état et si piètre amant qu’elle n’en avait que plus d’appétit pour les autres, lui manque soudain cruellement. Les copines l’ennuient, les autres hommes n’ont plus le même goût… et la belle-mère a perdu les pédales au point de lui demander conseil sur sa propre vie sexuelle. Alors, Didi jette dans le coffre de sa voiture les bottes que David avait façonnées pour Clint Eastwood, bien décidée à trouver où habite la star et à les lui enfiler. Car depuis la mort de David, quelque chose a cessé de briller dans les yeux de Didi. Quelque chose qu’elle-même ignorait être là.

Avis : (Je remercie le site Babelio et les éditions Le Passage pour m’avoir envoyé ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique) J’ai mis du temps avant de m’habituer à cette écriture, à ce style « parler ». Comme j’ai mis du temps avant de m’adapter à Didi, nénette pas franchement sympa, complètement nympho (euh…cette scène du coton-tige, on en parle ou bien ?), relativement pathétique, loin d’être une flèche, mais parfois, pas si con que ça. C’est d’ailleurs ce qui m’a empêché de lâcher ce livre, ces quelques fulgurances d’esprit qui nuancent un peu la méchanceté et la bêtise crasse de ce personnage. Mais ça n’aura hélas duré qu’un temps. Quant au road-trip, à l’humour déjanté et aux fameuses bottes de Clint Eastwood qu’on nous promet, là encore, il aura fallu du temps, beaucoup de temps avant qu’ils ne fassent enfin leur apparition dans cette histoire (soit, à 40 pages de la fin…) Bref, après cette lecture, ne me reste que la désagréable sensation d’avoir perdu le mien, de temps.

★☆☆☆☆

Extrait : « Pour attendre, on boit le café et je lui fais remarquer qu’il a un peu de colle sur le devant de son pantalon.
– Oh, vous avez un peu de…
Avec l’ongle, je la prélève, sans trop appuyer, on ne se connaît pas assez.
– C’est juste de la colle, il se défend, c’est rien, c’est rien.
Ça me fait comme une motte de vernis à ongles sur l’ongle. De la gelée.
– Ça a quel goût ?
– Ça n’a pas de goût, il me répond, c’est de la colle !
J’y colle le bout de ma langue, avec la pointe je pousse un peu de l’avant, du bas vers le haut, je titille cette motte qui se trémousse sous mes coups de langue, ça n’a pas vraiment de goût, farineux peut-être.
– Goûtez, je lui dis.
Il hésite, je lui tends mon doigt.
– Pour me faire plaisir, j’insiste.
J’en connais qui auraient commencé par me bouffer l’ongle, puis le doigt, puis la main et le bras sans recracher ni un os ni un poil (on a beau dire et beau faire, on a des poils) jusqu’à atteindre leur but et me bouffer tout entière, et en général, ceux-là ils en redemandent. Lui, il a tendu deux doigts, il a saisi la goutte de colle entre ses deux doigts, la pinçant avec autant de délicatesse qu’on pincerait un nuage, et l’a portée à ses lèvres.
– C’est pas très bon, il a dit.
Mais j’en avais pas fini avec lui. »

« Les bottes de Clint Eastwood » – Jean-Louis Milesi

Un parfum d’herbe coupée

41weco-cisl-_sx307_bo1204203200_Résumé : Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit « ouais », j’ai dit « super », la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel.

Avis : Me voilà bien embêtée. Parce que cette plume, je l’ai vraiment aimée. Parce que ces souvenirs m’en ont rappelé beaucoup d’autres. Parce qu’après tout, quelle belle universalité. Seulement, je crois bien être passée à côté de ce livre. Mode d’emploi pour futurs lecteurs : ne pas enchaîner avidement les chapitres. Les entrecouper d’autres lectures. Les savourer un à un, doucement. Parce que l’abus de souvenirs d’autrui peut vite mener à l’indigestion. Qui sait, peut-être nous redonnerai-je un jour une chance.

★★☆☆☆

Extrait : « Papito, du haut de tes ruines, tu m’as dit la vérité toute nue alors que je l’aurais préférée accrochée à un ballon d’hélium et vêtue d’un truc sexy. Tout passe, tout casse, tout lasse. Ça m’a longtemps agacée. J’ai eu du mal à l’accepter. J’ai longtemps eu le sentiment de vivre à blanc, pour rien du tout. Dans trois générations, mon arrière-petite-fille ne connaîtra pas mon prénom. Elle ignorera tout de ma vie. Ma famille. Mes amours. Mes amis. Mes souvenirs. »

« Un parfum d’herbe coupée » – Nicolas Delesalle

La femme au carnet rouge

41huzjc8eul-_sx307_bo1204203200_Résumé : Un soir à Paris, une jeune femme se fait voler son sac à main. Laurent le découvre le lendemain, abandonné dans la rue, tout près de sa librairie. S’il ne contient plus de papiers d’identité, il recèle encore une foule d’objets qui livrent autant d’indices sur leur propriétaire : photos, notes, flacon de parfum… Désireux de la retrouver, l’homme s’improvise détective. A mesure qu’il déchiffre le carnet rouge contenant les pensées secrètes de Laure, le jeu de piste se mue en une quête amoureuse qui va bouleverser leurs vies.

Avis : Une histoire cousue de fil blanc, des personnages auxquels je ne me suis pas attachée, un récit qui parfois s’étire, quelques facilités… Bref, un petit roman contemporain qui se lit rapidement, mais qui hélas, ne me laissera pas de grands souvenirs.

★★☆☆☆

Extrait : « Peut-on éprouver la nostalgie de ce qui n’a pas eu lieu ? Ce que nous nommons « regrets » et qui concerne les séquences de nos vies où nous avons la quasi-certitude de ne pas avoir pris la bonne décision comporterait une variante plus singulière, qui nous envelopperait dans une ivresse mystérieuse et douce : la nostalgie du possible. »

« La femme au carnet rouge » – Antoine Laurain

Les Fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés

61hj1klrjnl-_sx337_bo1204203200_Résumé : Quand on fait de la fuite un mode de vie, il n’y a que deux questions qui comptent: Où se terrer? Et, plus important encore, avec qui? Ex-père au foyer en plein divorce, hanté par un passé aussi lourd à porter que son nom, Benjamin Benjamin se retrouve du jour au lendemain aide-soignant. En charge de Trev, un adolescent à l’imagination débridée cloué dans un fauteuil roulant, il plonge tête la première dans les joies du soin à domicile. La réunion de ces deux êtres cabossés par l’existence, commentateurs assermentés des formes de Miss Météo, passionnés de musée de la Mortadelle et de dahus empaillés, ne pouvait les mener qu’à une seule chose: envoyer un jour ou l’autre tout balader.

Avis : Que le futur lecteur soit averti : malgré ce que le titre, la couverture et le résumé peuvent laisser à penser, ceci n’est pas un feel-good book. Certes, il est ici question de road-trip déjanté et de rencontres loufoques, mais à l’instar de certains films estampillés Sundance Festival, derrière les aventures délirantes se cachent parfois des drames. Car c’est bien de cela dont il est question, la terrible histoire de Benjamin Benjamin. La rencontre avec Trev, les autres personnages et le voyage sont finalement secondaires, et servent davantage de prétexte à l’auteur pour explorer la psychologie de cet homme blessé. Cela dit, c’est un très bel objet (mention spéciale pour les éditions Monsieur Toussaint Louverture), plutôt bien écrit, l’humour caustique est plaisant, et le personnage principal bien construit. Mais ne m’y étant pas vraiment attachée, et le reste manquant un peu de reliefs, ç’a été pour moi une lecture en demi-teinte.

★★★☆☆

Extrait : « Écoutez-moi : tout ce que vous croyez savoir, toute relation que vous avez toujours tenue pour acquise, tout projet que vous avez jamais conçu, toute idée que vous avez jamais caressée, tout peut vous être arraché en un instant. Et, tôt ou tard, ça arrivera. A être mis à genoux, réduit à néant. Parce qu’aucune base, si stable soit-elle, aucune décision, aucune précaution, ne vous protégera contre le simple fait que rien n’est indestructible. »

« Les Fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés » – Jonathan Evison