La langue des bêtes

51usahlbhwl-_sx340_bo1204203200_Résumé : Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l’orée d’une forêt sombre et profonde : c’est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d’histoires et de légendes. Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l’école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.

Avis : Oh, comme j’avais adoré « Le cœur des louves »… C’est dire à quel point il me tardait de lire ce roman ! Pourtant, il a longtemps séjourné sur l’étagère des livres en attente, avant que je n’ose me lancer dans cette aventure. Peut-être par crainte d’être déçue, peut-être aussi parce que l’univers du cirque a toujours eu pour moi un je-ne-sais-quoi de lugubre et dérangeant. Hélas, ça n’a pas manqué ! La plume reste pourtant belle, brute, poétique et animale. Mais il y a quelque chose de maladroit dans cette surenchère de fureur et de macabre. Certains passages sont d’une justesse et d’une beauté folles (cette scène avec le faon, bon sang…), quand d’autres sonnent terriblement faux, comme surjoués. Je ne peux cependant m’empêcher d’avoir de l’affection pour l’univers atypique de Stéphane Servant, pour ses histoires qui bousculent, et pour son écriture organique.

★★★☆☆

Extrait : « De longues minutes s’écoulent, cristallines, réchauffées par le soleil qui passe maintenant ses doigts blonds dans la chevelure de la futaie épaisse. La Petite sommeille sur le tapis de mousse où une limace rousse trace son sillon d’argent. Un mouvement imperceptible la ramène au pied du pin et la Petite voit le corps gracile du faon qui s’avance, lentement.
L’animal blond s’approche de la vigne, aux aguets. Son œil rond et noir et doux comme un raisin sauvage roule sur la clairière. Sous ses flancs, le petit tambour de son cœur palpite. Ses naseaux hument le sucre qui imprègne le matin et c’est un parfum si doux que l’animal en oublie toute prudence. Le faon déroule ses pattes graciles et s’approche de la vigne baignée d’une lumière jaune. L’animal tend son cou fin et saisit délicatement une grappe malgré les protestations des merles. La Petite sent alors l’odeur de son Père se répandre dans l’air. Une odeur âcre, sombre et violente. Peut-être la Petite a-t-elle bougé car le faon relève maintenant la tête. Ses yeux ourlés se posent sur elle. Et leurs regards se mêlent. Les mêmes yeux. Noirs et ronds. Insondables. La Petite hoche la tête, lentement. Un signe de paix. Puis elle ferme les yeux et la détonation fait voler en éclats noirs les merles apeurés. »

« La langue des bêtes » – Stéphane Servant

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